Fin d'une époque : la dernière ganterie de Grenoble, "Gant Lesdiguières", ferme ses portes


18 février 2025

C’est une page de l’histoire artisanale de Grenoble qui se tourne. La boutique "Gant Lesdiguières", dernier bastion de la tradition gantière grenobloise, fermera définitivement ses portes d’ici fin mars. Un savoir-faire centenaire disparaît, emporté par la difficulté de trouver la matière première qui faisait sa renommée : la peau de chevreau. Jean Strazzeri, maître gantier et meilleur ouvrier de France, évoque aussi la difficulté de trouver un repreneur qualifié.

À Grenoble, la boutique "Gant Lesdiguières" est bien plus qu’un simple magasin. Depuis plus d’un siècle, elle incarne l’excellence de la ganterie dauphinoise, célèbre pour ses gants en peau de chevreau, doux et souples, prisés à travers le monde. Mais en mars prochain, la dernière ganterie de Grenoble tirera définitivement le rideau, marquant la fin d’une tradition locale autrefois florissante.

Jean Strazzeri, maître gantier et meilleur ouvrier de France, vit cette fermeture comme un véritable crève-cœur. À 75 ans, il tire sa révérence après 61 ans de carrière dans le métier de gantier. En 1979, il prend la direction de la ganterie "Lesdiguières", poursuivant l’héritage familial et perpétuant un savoir-faire d’exception. 

Au-delà de la tristesse, c’est aussi la nostalgie qui s’empare de Jean Strazzeri lorsqu’il repense à son parcours. Il se souvient notamment du premier jour où il est devenu le gérant de cette institution grenobloise en 1979.

Des difficultés d’approvisionnement insurmontables

Si cette fermeture est un crève-cœur pour Jean Strazzeri, elle est aussi le résultat de difficultés d’approvisionnement insurmontables. La peau de chevreau, matière première indispensable à la fabrication des gants qui ont fait la renommée de Grenoble, est devenue introuvable. « Il n’y a plus de mégissiers capables de préparer cette peau fine et souple. Les derniers spécialistes ont cessé leur activité et ceux qui restent ne travaillent que l’agneau, » explique-t-il, impuissant face à cette pénurie.

Outre le manque de matière première, Jean Strazzeri pointe également un manque de soutien local.

Un dernier hommage des clients

Depuis l’annonce de la fermeture, la boutique ne désemplit pas. Les clients affluent chaque jour pour acheter une dernière paire de gants. À 75 ans, après 61 ans de carrière, et après avoir pris la direction de Gant Lesdiguières en 1979, Jean Strazzeri tourne la page d’un métier qui a rythmé sa vie depuis l’adolescence. Un dernier hommage à un artisan passionné, dernier héritier d’une tradition séculaire.

Crédits Photo : @GantLesdiguieres

Par Hugo Souplet